Santé visuelle

Téléexpertise optique : pourquoi le SNOF tire la sonnette d'alarme

Femme passant un examen de la vue à l'auto-réfractomètre
En bref

Le 3 septembre 2026, le SNOF a demandé un encadrement strict de la téléexpertise optique. Des sociétés permettent d'obtenir une prescription de lunettes ou de lentilles sans contact direct avec un médecin, ce qui fait courir un risque de sous-détection de maladies silencieuses comme le glaucome, qui touche plus d'un million de personnes en France.

Un marché qui se développe dans un angle mort réglementaire

Depuis l'été 2026, plusieurs entreprises proposent aux opticiens de s'associer à un service de téléexpertise : le patient passe un test de réfraction en magasin, les données sont transmises à un médecin ophtalmologiste situé à distance, et une ordonnance de lunettes ou de lentilles est produite en quelques heures, sans que le médecin et le patient ne se soient jamais rencontrés. Ce circuit, qui existait de manière informelle depuis plusieurs années, a connu une accélération notable à partir de 2026, dans un secteur où les délais pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste restent longs dans de nombreux territoires.

Le 3 septembre 2026, le Syndicat national des médecins ophtalmologistes (SNOF) a publié un communiqué réclamant un encadrement plus strict de ces prescriptions obtenues sans consultation médicale directe. Cette prise de position, relayée notamment par La Nouvelle République et France Bleu, intervient dans un contexte réglementaire particulièrement flou.

La loi anti-fraude de juin 2026 : votée, mais inapplicable

En juin 2026, une loi dite « anti-fraude » a été adoptée. Son objectif : imposer qu'une communication directe ait lieu entre le médecin et le patient pour toute prescription médicale, y compris optique. Le texte visait explicitement à mettre fin aux prescriptions délivrées à distance sans contact réel entre praticien et assuré.

Mais trois mois après l'adoption de la loi, aucun décret d'application n'a été publié. Ce vide juridique laisse la pratique se poursuivre sans cadre clair : les sociétés de téléexpertise continuent de proposer leurs services aux opticiens, et les prescriptions circulent sans que les nouvelles règles soient réellement opposables. Le SNOF dénonce cette situation et appelle les autorités sanitaires à intervenir sans attendre.

Le glaucome au cœur de l'inquiétude médicale

L'alerte du SNOF ne porte pas sur un principe abstrait. Elle s'ancre dans une réalité clinique précise : le risque de laisser passer des maladies oculaires graves, et en particulier le glaucome.

Le glaucome est souvent désigné comme le « voleur silencieux de la vue ». Il détruit progressivement le nerf optique, le plus souvent sous l'effet d'une pression intraoculaire élevée, sans provoquer aucun symptôme perceptible aux premiers stades. En France, cette maladie touche plus d'un million de personnes, dont environ la moitié en ignore l'existence. Une fois que la vision périphérique commence à être altérée, les lésions sont irréversibles.

Or, la détection du glaucome repose sur trois examens spécifiques :

Ces trois examens nécessitent un équipement spécialisé et une expertise médicale. Un opticien, quelle que soit sa formation, ne dispose ni de l'un ni de l'autre. Le test de réfraction qu'il pratique mesure la correction nécessaire pour voir nettement — ce n'est pas un examen médical oculaire. Le SNOF souligne donc que des prescriptions délivrées uniquement à partir de données de réfraction transmises à distance ne permettent pas de s'assurer que le patient ne souffre pas d'une pathologie silencieuse qui aurait été détectée lors d'une vraie consultation.

Ce que cela change pour les porteurs de lunettes

Pour les patients, la question est concrète : faut-il se méfier de toute prescription obtenue sans consultation physique chez un ophtalmologiste ? La réponse n'est pas binaire. Pour un porteur de lunettes jeune, sans antécédents, dont la correction est stable depuis plusieurs années, un renouvellement simple comporte peu de risques immédiats. Les règles existantes permettent d'ailleurs déjà à un opticien de renouveler une ordonnance dans un cadre bien délimité, sous certaines conditions d'âge et de délai.

En revanche, plusieurs situations méritent une vigilance particulière :

Dans ces cas, une consultation complète reste indispensable. Elle seule permet de combiner la mesure de réfraction et l'examen de la santé de l'œil.

Ce que nous faisons au comptoir, et quand consulter

En boutique, notre rôle est de vous équiper avec les meilleures corrections possibles — et de vous orienter vers un ophtalmologiste quand la situation le demande. Ce réflexe n'est pas un frein : c'est précisément ce qui distingue un opticien professionnel de santé d'un simple vendeur de montures.

Si vous n'avez pas vu d'ophtalmologiste depuis plusieurs années, si votre vision a changé rapidement, ou si vous avez plus de 40 ans sans bilan oculaire récent, nous vous encourageons à prendre rendez-vous — pas uniquement pour votre correction, mais pour un examen complet de vos yeux. C'est ce que nous conseillons systématiquement à nos clients du Grand Angle, et c'est la position que le SNOF défend aujourd'hui à l'échelle nationale.

Questions fréquentes

Les questions qu'on nous pose le plus souvent en boutique sur ce sujet.

Qu'est-ce que la téléexpertise optique ?

C'est un service proposé par certaines entreprises qui permettent à un patient de passer un examen de réfraction chez un opticien, puis d'obtenir une ordonnance de lunettes ou de lentilles émise à distance par un médecin ophtalmologiste qui ne l'a jamais examiné en direct. Ce type de circuit existe depuis plusieurs années mais s'est développé à partir de 2026 dans un cadre juridique encore incertain.

Pourquoi une prescription à distance peut-elle être insuffisante ?

Un opticien peut mesurer votre acuité visuelle et déterminer une correction, mais il ne dispose ni de l'équipement ni de la formation pour détecter certaines maladies oculaires. Le glaucome, par exemple, nécessite une tonométrie, une analyse du nerf optique et un examen du champ visuel — des gestes réservés à l'ophtalmologiste. Une ordonnance délivrée sans ces examens ne constitue donc pas une consultation oculaire complète.

Une loi n'a-t-elle pas déjà encadré ces pratiques ?

En juin 2026, une loi dite « anti-fraude » a imposé qu'une communication directe ait lieu entre le médecin et le patient pour toute prescription. Mais trois mois après son adoption, aucun décret d'application n'a été publié, ce qui laisse un vide réglementaire dans lequel certains acteurs continuent d'opérer sans contact médical direct.

Contenu rédigé par l'équipe ACTU EYES. Sources consultées pour cet article : SNOF — titrespresse.com (La Nouvelle République, 3 sept. 2026), Santé Matin — opticiens, téléexpertise et glaucome, nlto.fr — le SNOF réclame un encadrement de la téléexpertise.
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